Rapport Santa Marta: Cinq voies pour sortir des combustibles fossiles
La prochaine phase de la transition hors des combustibles fossiles dépendra des feuilles de route nationales, des conditions de financement, de la planification de l’extraction et du commerce. Le rapport Santa Marta réunit ces domaines au sein d’un même agenda de mise en œuvre, tout en laissant les mécanismes détaillés à approfondir.

La Colombie et les Pays-Bas ont publié le rapport de la première Conférence sur la transition hors des combustibles fossiles le 23 juin 2026. La conférence, qui s’est tenue à Santa Marta du 24 au 29 avril, a constitué un forum permettant aux pays et aux parties prenantes d’examiner comment l’COP28 engagement pourrait être traduit en une coopération concrète dans les domaines de la planification, du financement, du commerce et de la diversification économique.
Le document présente la Vision de Santa Marta ainsi qu’un programme de travaux complémentaires menant à la deuxième conférence en 2027. Le rapport considère la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles comme un objectif en matière de sécurité énergétique, de souveraineté, de résilience économique et d’action climatique.
Ce que couvre le rapport
La conférence a réuni 57 pays et plus de 1,000 parties prenantes. Les pays participants représentaient environ un tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial, 30% de la demande de combustibles fossiles et 20% de l’offre.
La Vision de Santa Marta comprend dix points. Le rapport structure ses discussions et les actions proposées autour de cinq voies:
- action collective;
- coordination à l’échelle du système;
- feuilles de route nationales et régionales;
- action concernant les dépendances macroéconomiques liées aux combustibles fossiles;
- alignement des producteurs et des consommateurs en faveur de balances commerciales décarbonées et de la transformation écologique de l’économie.
Elle présente la transition comme un changement économique, politique, social et institutionnel impliquant les recettes publiques, la dette, l’investissement, l’emploi et le développement territorial. La Vision affirme que la transition devrait être fondée sur les droits et ancrée dans les territoires, sans reproduire les inégalités ni créer de nouvelles formes d’extractivisme ou de dépendance.
Statut du rapport
Le rapport rassemble les conclusions des co-organisateurs, les contributions des participants et les suggestions pour les travaux futurs. Son contenu ne constitue pas des engagements formellement adoptés par l’ensemble des pays 57.
Le rapport n’est pas contraignant et n’impose aucune obligation aux pays participants ni aux entreprises. Aucun délai commun pour mettre fin à la production ou à l’utilisation des combustibles fossiles n’a été convenu.
Feuilles de route, extraction et financement
Le rapport propose de nouvelles feuilles de route nationales et régionales, ou le renforcement de celles qui existent, pour sortir progressivement des combustibles fossiles, conformément à l’objectif 1.5°C et aux contributions déterminées au niveau national (NDCs) des pays au titre de l’Accord de Paris. Les feuilles de route proposées établiraient un lien entre l’évolution de l’offre et de la demande de combustibles fossiles et le déploiement des énergies propres, la diversification économique, le développement des compétences de la main-d’œuvre, la protection sociale et l’accès à l’énergie.
Un autre domaine d’action concerne la planification de la réduction progressive et de la fermeture définitive des activités d’extraction de combustibles fossiles. Les décisions nationales pourraient devoir définir les calendriers d’octroi des licences et de fermeture, et déterminer comment seront traités les actifs échoués, les passifs environnementaux et les coûts de démantèlement. Les instruments spécifiques et la répartition des responsabilités restent à définir.
Les contraintes financières et macroéconomiques sont identifiées comme des obstacles majeurs à la mise en œuvre. De nombreux pays sont confrontés à un endettement élevé, à un coût du capital élevé, à une marge de manœuvre budgétaire limitée et à une dépendance persistante à l’égard des recettes tirées des combustibles fossiles. Les options examinées comprennent les financements concessionnels et les financements ne créant pas de dette, les instruments de partage des risques et un soutien accru de la part des banques multilatérales de développement.
Le rapport propose également des inventaires nationaux et des cadres de publication d’informations concernant les subventions aux combustibles fossiles et autres mesures d’incitation. Les formes de soutien examinées comprennent les dépenses fiscales, les garanties publiques, les prêts concessionnels, le soutien au crédit à l’exportation et les autres aides directes ou indirectes. Le rapport avertit que la réforme pourrait imposer des coûts disproportionnés aux ménages vulnérables si elle ne s’accompagne pas de mesures de compensation ciblées, de protection sociale et d’alternatives propres abordables.
Commerce et planification des entreprises
Le volet commercial porte sur la coordination des évolutions de l’offre et de la demande de combustibles fossiles, tout en développant des produits, des marchés et des chaînes de valeur plus propres. Les contributions du secteur privé ont souligné que les mesures aux frontières liées au carbone, les normes applicables aux produits et les exigences de traçabilité pourraient créer des obstacles involontaires pour les exportateurs des pays en développement, en particulier lorsque l’accès au financement, aux technologies et au renforcement des capacités est limité. Le rapport fait également état de points de vue divergents quant à savoir si les protections des investissements internationaux, notamment les mécanismes de règlement des différends entre investisseurs et États, limitent les politiques de transition.
Les contributions du secteur privé ont proposé des plans d’entreprise pour sortir des combustibles fossiles (plans TAFF), qui complètent les feuilles de route nationales. Elles ont également appelé à l’élaboration de plans de transition des entreprises normalisés et fondés sur la science, à une allocation précoce des capitaux ainsi qu’à un séquencement clair des changements infrastructurels et opérationnels.
Prochaines étapes
Trois axes de travail devraient être lancés fin juillet, et de plus amples informations sur leurs travaux seront fournies à cette occasion. Le NDC Partnership et le Scientific Panel for the Global Energy Transition (SPGET) soutiendront les travaux sur les feuilles de route nationales et régionales; l’International Institute for Sustainable Development (IISD) soutiendra l’axe de travail consacré aux dépendances macroéconomiques et à l’architecture financière; et l’Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD), avec d’autres experts, soutiendra l’alignement entre producteurs et consommateurs.
Les groupes de travail affineront les actions proposées et les options de mise en œuvre. Leurs résultats éclaireront la deuxième conférence à Tuvalu en 2027, précédée d’une réunion en Irlande. La conception détaillée de la feuille de route, les modalités de financement et les mécanismes de mise en œuvre restent à élaborer.