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25 Feb 2025
Actualités

La SEC complique le dépôt des formulaires 13G et 13D : un nouvel obstacle pour les investisseurs ESG

Les récentes modifications des exigences de dépôt des formulaires 13G et 13D par la SEC pourraient représenter un défi important pour les investisseurs ESG, compliquant leur capacité à influencer la gouvernance d'entreprise et à promouvoir des pratiques durables. Avec des règles de reporting plus strictes et une augmentation des risques juridiques, le pouvoir du capital responsable pourrait être sévèrement limité. Pourtant, ces nouveaux obstacles pourraient-ils susciter de nouvelles stratégies et alliances entre investisseurs ? Ce mouvement pourrait bien remodeler l'avenir de l'investissement ESG, obligeant les investisseurs à emprunter de nouvelles voies — sous peine de voir leur impact sur la durabilité des entreprises s'éteindre.


La Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis a procédé à des amendements cruciaux des exigences de reporting pour les formulaires 13G et 13D, compliquant significativement le processus pour les investisseurs focalisés sur la durabilité. Ces changements, bien que présentés comme des clarifications, sapent en fait la capacité des investisseurs responsables à influencer la gouvernance d'entreprise et à plaider en faveur de pratiques commerciales durables. Les exigences de divulgation plus strictes, la charge administrative accrue et les risques juridiques renforcés limiteront sévèrement les possibilités pour les investisseurs d'exercer une pression sur les entreprises concernant les indicateurs ESG.

Les modifications des règles de reporting de la SEC affaiblissent l’impact du capital responsable

Auparavant, les grands investisseurs institutionnels promouvant des pratiques commerciales durables pouvaient utiliser le formulaire 13G — une structure de reporting simplifiée offrant une flexibilité pour interagir avec les entreprises. Cependant, selon les nouvelles directives, de nombreux investisseurs ESG seront contraints de déposer le formulaire plus strict 13D, qui requiert des divulgations détaillées des intentions d'investissement, plans et stratégies. Contrairement au formulaire 13G, qui propose un cadre de déclaration moins invasif, le formulaire 13D exige des mises à jour fréquentes et impose une charge de conformité importante. Même les investisseurs minoritaires détenant moins de 5 % peuvent être soumis aux exigences du 13D si leurs interactions sont considérées comme faisant partie d'une coalition plus large influençant l'entreprise.

Ces changements ne sont pas simplement procéduraux ; ils représentent un bouleversement fondamental dans la manière dont les investisseurs activistes — en particulier ceux centrés sur la durabilité — peuvent agir. En rendant l’engagement ESG plus complexe et risqué, la SEC a introduit un effet dissuasif susceptible de décourager les investisseurs de prendre une position active sur les questions ESG des entreprises.

Réactions du marché et évolutions stratégiques des grands investisseurs

La réponse immédiate des investisseurs institutionnels souligne l’importance de ces changements. Par exemple, BlackRock et Vanguard ont temporairement suspendu leurs réunions d’engagement pour évaluer l’impact des nouvelles obligations de reporting. Bien que BlackRock ait depuis repris ses activités d’engagement, cette pause a mis en lumière l’incertitude et la réévaluation stratégique que les investisseurs doivent effectuer en réaction aux directives révisées de la SEC.

Plus généralement, ces changements devraient modifier la manière dont les investisseurs interagissent avec les conseils d'administration et les équipes de direction des entreprises. La capacité d’influencer les politiques de durabilité d’une entreprise — par des stratégies de vote, des dialogues d’engagement et un plaidoyer au niveau du conseil — a longtemps été une pierre angulaire de l’investissement responsable. Cependant, les nouvelles restrictions de la SEC signifient que même discuter des intentions de vote relatives à l’ESG avec la direction de l’entreprise pourrait être interprété comme une pression coordonnée, entraînant un passage du dépôt des formulaires 13G aux 13D. Résultat ? Les investisseurs ESG sont confrontés à un contrôle accru, une flexibilité réduite et un effet dissuasif sur leur capacité à impulser des changements d’entreprise significatifs.

Implications mondiales pour le financement durable

Le calendrier de la décision de la SEC est particulièrement notable dans le contexte de l'évolution du paysage réglementaire de l'ESG en Europe. Alors que l'UE examine les implications de ses réformes omnibus et d’initiatives réglementaires plus larges liées à l’ESG, la SEC adopte une position ferme visant à limiter l'influence des investisseurs axés sur la durabilité sur le marché américain.

Cette décision a des ramifications mondiales. Étant donné qu'une part importante de la capitalisation boursière mondiale est liée aux États-Unis, les changements de règles de la SEC affecteront des milliers de milliards de dollars d'actifs gérés avec des considérations ESG. Les gestionnaires d’actifs opérant dans plusieurs juridictions devront désormais naviguer dans un environnement réglementaire où les règles américaines restreignent activement l’activité ESG, alors que les cadres européens évoluent dans le sens inverse, visant à renforcer la transparence et les engagements en matière de durabilité.

L'avenir de l'investissement ESG

Les actions de la SEC signalent une réaction réglementaire plus large contre l'activisme actionnarial basé sur l'ESG. À court terme, cela pourrait réduire l'efficacité des mécanismes traditionnels d'engagement, poussant les fonds axés sur l'ESG à explorer des stratégies alternatives. Nous pourrions observer un déplacement vers des coalitions d'investisseurs plus fortes : en réponse aux limitations imposées aux investisseurs individuels par les règles de reporting, les parties prenantes sensibles à l'ESG pourraient former des alliances pour exercer une influence collective et contourner les barrières réglementaires. Il pourrait aussi y avoir une dépendance croissante aux campagnes de pression publique : à mesure que l'engagement direct avec les entreprises devient plus risqué, les investisseurs ESG pourraient se tourner vers les médias, les groupes de plaidoyer et le discours public pour exercer une pression sur les entreprises.

De plus, le secteur financier pourrait contester la décision de la SEC par des moyens juridiques ou des efforts de lobbying, arguant qu'elle étouffe l'investissement responsable et compromet la transparence du marché.

La question plus large demeure : les cadres réglementaires continueront-ils à évoluer de manière à limiter l'influence de l'ESG, ou les investisseurs trouveront-ils de nouvelles manières d'affirmer leur rôle dans la formation du comportement durable des entreprises ? Une chose est claire — la décision de la SEC représente le défi réglementaire le plus significatif aux stratégies d'investissement ESG depuis plus d'une décennie. La capacité du financement durable à s'adapter à ces restrictions déterminera sa trajectoire dans les années à venir.

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