Révision des ESRS en cours d'examen : Points clés de l'avis du personnel de la BCE
Un avis du personnel de la BCE sur les ESRS révisés met en lumière la simplification souhaitée, tout en signalant où les allègements et les phases d'introduction pourraient compromettre la cohérence, la comparabilité et les divulgations pertinentes pour les risques destinés aux investisseurs et aux superviseurs.

En février 2026, le personnel de la BCE a publié un avis sur le projet de révision des European Sustainability Reporting Standards (ESRS), en se concentrant sur ESRS 1, ESRS 2, ESRS E1 et ESRS E4. Le document fait suite à la demande de la Commission européenne du 16 décembre 2025 relative aux contributions sur le projet révisé des ESRS publié par EFRAG le 3 décembre 2025, dans le cadre de la Directive comptable telle que modifiée par la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD). Le personnel de la BCE positionne les ESRS révisés comme une initiative de simplification, tout en soulignant que la simplification ne doit pas diluer l'objectif de la CSRD qui est de créer un écosystème de données sur la durabilité fiable et comparable.
Gains de simplification et test d'équilibre
Le personnel de la BCE reconnaît une simplification très significative et souligne des changements structurels destinés à améliorer l'ergonomie. Ceux-ci comprennent une distinction plus claire entre les exigences de divulgation et les exigences d'application, ainsi qu'une meilleure visibilité du filtre de matérialité de l'information. Opérationnellement, l'architecture révisée est présentée comme un moyen d’aider les entités déclarantes à naviguer dans ce qui est exigé, ce qui est explicatif, et ce qui peut être filtré via la matérialité. L'avis cadre néanmoins la simplification en tant que test d'équilibre, car la flexibilité peut aussi créer des lacunes dans la couverture et réduire la comparabilité si elle est appliquée trop largement ou de manière trop permanente.
Allègements, phases d'introduction et risque de zones aveugles des données
Un thème central de l'avis est l'ampleur des mesures transversales de flexibilité dans les ESRS révisés, incluant allègements permanents et phases d'introduction, ainsi que des exemptions explicites et implicites pour le secteur financier. Le personnel de la BCE considère que ces changements pourraient réduire la transparence pour les investisseurs et limiter la disponibilité et la comparabilité des informations pertinentes sur les risques financiers, en particulier dans le cadre de ESRS E1 (Changement climatique) et ESRS E4 (Biodiversité et écosystèmes).
Le personnel de la BCE recommande de limiter dans le temps les principaux allègements liés aux indicateurs et à la qualité des données, notamment une limite d’une durée de trois ans (suppression progressive) pour l’allègement "coût ou effort excessifs" concernant les indicateurs, ainsi que pour l’allègement permettant une déclaration à périmètre partiel lorsque des données suffisamment robustes ne sont pas disponibles sans coût ou effort excessifs. Ils notent également que l’extension de l’allègement "coût ou effort excessifs" à tous les indicateurs dépasse son champ d’application selon IFRS/ISSB et nuit donc à l’interopérabilité.
Pour préserver une présentation fidèle, le personnel de la BCE appelle à des garde-fous qui clarifient que les allègements sont des mesures exceptionnelles et dûment justifiées, et qui exigent la prise en compte de l’effet cumulatif lorsque plusieurs allègements et/ou phases d’introduction sont utilisés. Dans ce contexte, ils suggèrent de supprimer le paragraphe 2 de ESRS 1 AR 6, qui conclut a priori que l’utilisation des allègements n’est pas préjudiciable à une présentation fidèle quels que soient les circonstances.
Interopérabilité avec les normes internationales
L’avis soutient les efforts visant à renforcer l’interopérabilité avec les normes internationales, tout en notant que les objectifs politiques européens restent primordiaux. Le personnel de la BCE décrit l’interopérabilité en termes d’alignement entre ESRS et les cadres mondiaux de reporting tels que IFRS/ISSB, la Global Reporting Initiative (GRI) et la Taskforce on Nature-Related Financial Disclosures (TNFD), ce qui peut réduire les coûts de reporting pour les entreprises, notamment celles opérant dans plusieurs juridictions, et soutenir l’intégration et la comparaison des systèmes de reporting. Le personnel de la BCE souligne néanmoins une tension potentielle lorsqu’un certain nombre d’allègements récemment proposés dépassent les exigences IFRS/ISSB et constituent donc une perte d’interopérabilité. Dans cette optique, l’élargissement des différences entre les exigences de divulgation de l’UE et au niveau international peut affaiblir la comparabilité inter-juridictionnelle.
Adéquation pour les banques et dimension chaîne de valeur
Pour les établissements de crédit, le personnel de la BCE souligne que de nombreux impacts, risques et opportunités ESG sont concentrés dans la chaîne de valeur en aval, reflétant les activités des clients que les banques financent. L'avis accorde donc une attention particulière à la manière dont les ESRS révisés interagissent avec l'évaluation de double matérialité, car la méthodologie utilisée pour déterminer les sujets matériels façonne les informations divulguées ou non. Le personnel de la BCE soutient que des flexibilités supplémentaires, telles que ne pas collecter d'informations auprès de la chaîne de valeur ou utiliser une méthode descendante succincte pour décider de la non-matérialité, doivent être encadrées afin d'éviter qu'elles ne conduisent à une non-identification des impacts, risques et opportunités matériels.
L'avis souligne également la nécessité pour les banques de définir des indicateurs appropriés pour la chaîne de valeur lorsque des impacts, risques et opportunités matériels y ont été identifiés, étant donné que les indicateurs thématiques se concentrent par ailleurs sur leurs propres opérations.
Hiérarchie des données, données directement collectées et utilisation d'estimations
Le personnel de la BCE regrette la suppression du concept de hiérarchie des données qui existait dans le ESRS Set 1 et recommande sa réintroduction en tant que mécanisme soutenant des divulgations de haute qualité et une différenciation adéquate des risques. Dans le contexte de l'identification des impacts, risques et opportunités matériels dans la chaîne de valeur et de la déclaration des indicateurs liés à la chaîne de valeur, le personnel de la BCE remarque que les ESRS révisés mettent sur un pied d'égalité les données directement collectées et les estimations. Ceci contraste avec les ESRS Set 1, qui établissaient une préférence explicite pour les données directement collectées, tout en autorisant l'utilisation d'estimations telles que les données moyennes sectorielles et d'autres approximations lorsque l'entité ne pouvait pas collecter d'informations après avoir exercé des efforts raisonnables. Le personnel de la BCE critique également la formulation révisée qui permet d'utiliser des données directes ou des estimations « selon les considérations de faisabilité et de fiabilité liées à l'entrée nécessaire », déclarant que cela entraînerait une perte de cohérence et d'harmonisation, va à l'encontre des meilleures pratiques couramment utilisées pour la gestion des données et supprime les incitations à améliorer la qualité des données.
Effets financiers anticipés et données prospectives utiles à la prise de décision
Concernant ESRS 2, le personnel de la BCE soutient le maintien des effets financiers anticipés (AFE) en tant que divulgations quantitatives. L'avis met en garde contre l'ajout d'une nouvelle période de transition de trois ans pour les AFE quantitatives en plus de la période de transition de trois ans existante, car cela prolongerait la transition globale à six ans pour les entreprises de la Première vague. Le personnel de la BCE relie les divulgations quantitatives des AFE à la prise de décision éclairée et à la perspective de matérialité financière inscrite dans la CSRD. Dans ce contexte, ces délais supplémentaires sont présentés comme incompatibles avec l'objectif de fournir une transparence rapide aux investisseurs, en particulier lorsque des informations prospectives servent à l'évaluation de la résilience et du risque.
Conclusions pour les utilisateurs de rapports sur la durabilité
Dans l'ensemble, l'avis du personnel de la BCE considère les ESRS révisés comme un projet plus praticable, tout en soulignant que des allègements étendus et des périodes de transition prolongées pourraient affaiblir la comparabilité. Pour les utilisateurs des déclarations de durabilité, le document met en lumière des domaines où les normes révisées pourraient être mises à l'épreuve en pratique. Ils comprennent la continuité des jeux de données essentiels, le degré de couverture maintenu de la chaîne de valeur et la disponibilité des effets financiers prospectifs. À mesure que les ESRS révisés avancent vers leur adoption, l'avis suggère que la crédibilité de la simplification sera mesurée par la conservation d'indications clés suffisamment cohérentes, comparables et pertinentes pour le risque afin de soutenir l'analyse entre entités et dans le temps.