Le Qatar avertit l'Europe : les approvisionnements en GNL menacés en raison de la directive européenne sur la durabilité
Le Qatar, qui fournit 12 % des importations de GNL de l’UE au 2e trimestre 2024, a averti qu’il pourrait interrompre ses exportations de gaz vers l’Europe si la Directive 2024/1760 de l’UE impose des sanctions importantes à QatarEnergy. Cette directive, exigeant une diligence raisonnable sur les chaînes d’approvisionnement, prévoit des amendes pouvant atteindre 5 % du chiffre d’affaires mondial en cas de violation. Le Qatar considère que ces règles sont impraticables pour ses opérations.

Le Qatar, fournisseur clé de 12 % des importations de GNL de l’UE au 2e trimestre 2024, a averti qu’il pourrait suspendre ses exportations de gaz vers l’Europe si la Directive 2024/1760 de l’UE impose des sanctions significatives à QatarEnergy. Cette directive, qui impose une diligence raisonnable d’entreprise sur les chaînes d’approvisionnement, prévoit des amendes pouvant atteindre 5 % du chiffre d’affaires mondial en cas de non-conformité, ce que le Qatar estime irréaliste pour ses opérations.
Position du Qatar sur les amendes européennes
Dans une interview accordée au Financial Times, le ministre de l’Énergie du Qatar, Saad Sherida Al-Kaabi, a souligné le poids financier de la conformité. Il a expliqué que la perte de 5 % du chiffre d’affaires de QatarEnergy équivaut à une perte de 5 % du revenu national du Qatar, ce qu’il jugeait injustifiable. Al-Kaabi a averti que, si de telles sanctions devenaient inévitables, le Qatar pourrait reconsidérer ses exportations de GNL vers l’Europe.
L’impact de la Directive 2024/1760 de l'UE
Adoptée cette année, la Directive 2024/1760 (Directive sur la diligence raisonnable en matière de durabilité des entreprises, CSDDD) oblige les grandes entreprises opérant dans l’UE à garantir que leurs chaînes d’approvisionnement sont exemptes de travail forcé et de dommages environnementaux, avec des amendes pouvant atteindre 5 % du chiffre d’affaires mondial en cas de non-respect. Al-Kaabi a critiqué la directive, la jugeant inadaptée à QatarEnergy, qui gère une chaîne d’approvisionnement impliquant jusqu’à 100 000 entreprises. Selon lui, se conformer exigerait un effectif énorme ou des services externes coûteux, rendant l’adhésion très impraticable. De plus, il a affirmé que les objectifs européens de zéro émission de carbone sont irréalistes pour les entreprises d’extraction de ressources comme QatarEnergy.
Le Qatar, l’un des principaux exportateurs mondiaux de GNL, intensifie ses efforts pour renforcer sa position en Europe et en Asie face à une concurrence croissante des États-Unis. D’ici 2027, le Qatar prévoit d’augmenter sa capacité de production de GNL de 77 millions à 142 millions de tonnes par an.
Évolutions de la politique énergétique américaine
Par ailleurs, les États-Unis, sous la présidence nouvellement élue de Donald Trump, priorisent l’augmentation des exportations de gaz naturel et la production pétrolière. Cependant, un récent rapport du Département américain de l’Énergie remet en question la faisabilité d’accélérer les projets d’exportation de GNL, ce qui pourrait retarder ces ambitions.
Conséquences pour l’Europe
Si le Qatar se retire du marché européen du GNL, le continent pourrait faire face à des défis énergétiques accrus alors qu’il cherche à réduire sa dépendance au gaz russe. Cette situation souligne l’intersection de la politique énergétique et de la réglementation sur la durabilité, avec des conséquences géopolitiques.
Selon la Commission européenne, le Qatar a fourni 12 % du GNL de l'UE au deuxième trimestre 2024, représentant 4 % des importations totales de gaz du bloc. Comme le souligne le Financial Times, le Qatar est devenu un fournisseur de plus en plus vital suite aux perturbations des marchés de l'énergie causées par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Alors que l'Europe cherche à réduire sa dépendance au gaz russe, QatarEnergy a déjà sécurisé des contrats à long terme pour le GNL avec l'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas.