Principaux enseignements des propositions de la Suisse pour la mise à jour des règles de divulgation en matière de durabilité

Le gouvernement suisse a dévoilé de nouvelles propositions visant à renforcer les obligations de divulgation des entreprises en lien avec la durabilité. Elles visent à amender l’Ordonnance suisse actuelle sur la divulgation climatique, mise en place cette année. Les propositions incluent une obligation pour les entreprises d’élaborer des « feuilles de route nettes zéro » conformes à l’objectif climatique suisse de 2050 et d’adopter des normes reconnues internationalement, telles que celles de l’ISSB ou les ESRS de l’UE, pour la déclaration liée au climat. Ces changements proposés représentent une étape majeure vers l’alignement de la gouvernance d’entreprise suisse avec les standards mondiaux et l’élargissement du champ des rapports obligatoires.
Obligations de conformité et échéances pour la divulgation climatique suisse :
- Les rapports doivent être publiés et rester accessibles au public pendant au moins 10 ans. Si une entreprise ne prend pas une approche spécifique sur un des sujets mentionnés dans le Règlement sur la divulgation climatique, elle doit « expliquer clairement et de manière adéquate » dans son document ;
- Le non-respect des obligations de reporting peut entraîner des amendes pouvant aller jusqu’à 100 000 CHF, conformément à l'article 325ter du Code pénal suisse, entré en vigueur le 1er janvier 2022 ;
- La période de consultation pour ces propositions restera ouverte jusqu’au 21 mars 2025, les règles mises à jour devant entrer en vigueur en 2026.

Source : Ordonnance suisse actuelle sur la divulgation climatique, novembre 2022
Modifications proposées et principaux détails
- Plans nets zéro obligatoires : Les entreprises devront élaborer des feuilles de route détaillées décrivant la manière dont elles visent à atteindre l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050, conformément à la Climate and Innovation Act récemment adoptée. Ces feuilles de route incluent :
- Objectifs intermédiaires, spécifiques par secteur et fondés sur la science, pour la réduction des émissions ;
- Stratégies visant à faciliter la transition vers des technologies respectueuses du climat ;
- Plans spécifiques au secteur financier pour aligner les flux financiers avec l’objectif zéro émission nette.
- Normes de reporting élargies : Pour respecter leurs obligations, les entreprises peuvent choisir d’aligner leurs divulgations sur les normes ISSB ou sur les ESRS de l’UE. Cela fait suite à l’intégration des recommandations de la TCFD dans le cadre de l’ISSB, qui a désormais la responsabilité de superviser les progrès mondiaux en matière de divulgation climatique.
- Portée élargie : Le seuil des entreprises soumises au reporting obligatoire en matière de durabilité serait considérablement abaissé, passant de celles comptant plus de 500 employés à celles avec :
- 250 employés ;
- 25 millions CHF (26 millions €) d’actifs totaux ;
- 50 millions CHF (52 millions €) de chiffre d’affaires annuel.
- Exigences de reporting numérique : Les rapports climatiques doivent être soumis dans un format électronique lisible par l’homme et la machine, permettant leur publication sur des plateformes internationales pour une accessibilité élargie.

Source : Ordonnance suisse actuelle sur la divulgation climatique, novembre 2022
Contexte et justification
L’ordonnance existante impose le reporting sur les émissions de GES, les risques liés au climat, les impacts et les plans de transition, en se fondant sur les recommandations de la TCFD. Cette démarche fait suite aux propositions antérieures du Conseil fédéral suisse visant à aligner la réglementation nationale sur les cadres internationaux, en particulier le CSRD de l’UE. En abaissant les seuils pour le reporting obligatoire et en s’alignant sur les normes mondiales, la Suisse cherche à garantir que ses entreprises restent compétitives et transparentes sur le marché mondial.
Implications pour les entreprises
Si elles étaient adoptées, ces mises à jour permettraient de :
- Favoriser la planification stratégique : Les entreprises devront intégrer la durabilité dans leurs stratégies centrales en développant des feuilles de route opérationnelles vers le zéro émission nette ;
- Renforcer la transparence : L’adoption de normes reconnues internationalement garantit la comparabilité et la confiance entre les parties prenantes mondiales ;
- Promouvoir l’innovation : L’accent mis sur des objectifs basés sur la science et les technologies respectueuses du climat encourage les entreprises à investir dans des innovations durables ;
- Élargir le périmètre de conformité : Un plus grand nombre d’entreprises, notamment les PME, devront mettre en place des cadres robustes de reporting en matière de durabilité.
Les entreprises opérant en Suisse devraient se préparer à aligner leurs opérations et leurs processus de reporting pour répondre à ces exigences strictes et tirer parti des opportunités offertes par une intégration accrue de la durabilité.
Conclusion
Pour les entreprises, ces propositions signifient un besoin urgent d'intégrer la durabilité dans les stratégies d'entreprise, en particulier dans la planification financière et les processus opérationnels. Les premiers adoptants de ces cadres peuvent se positionner comme des leaders dans la transition vers une économie durable, obtenant ainsi un avantage concurrentiel pour attirer investisseurs, clients et talents. L'alignement avec ISSB et ESRS souligne également l'importance d'une responsabilité et d'une transparence mondiales, devenues des aspects incontournables de la gouvernance d'entreprise.