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25 Feb 2025
Actualités

Nouvelle politique de la SEC : un coup dur pour les investisseurs ESG et l'engagement des entreprises

Les nouvelles politiques de la SEC renforcent le pouvoir des conseils d'administration, rendant plus difficile pour les investisseurs de promouvoir les initiatives ESG et augmentant les charges réglementaires pour les fonds majeurs. Avec une influence réduite des actionnaires et des exigences de reporting plus strictes, la gouvernance d'entreprise pourrait devenir moins transparente, suscitant des inquiétudes quant à l'avenir de l'investissement durable.


La United States Securities and Exchange Commission (SEC) a introduit des changements réglementaires qui renforcent le pouvoir des conseils d'administration des entreprises tout en limitant la capacité des actionnaires à influencer la politique d'entreprise. Ces changements pourraient affaiblir les initiatives visant les réformes climatiques et l'intégration des principes ESG dans la gouvernance d'entreprise.

Depuis le mois dernier, lorsque le Président américain Donald Trump a nommé Mark Uyeda au poste de président par intérim de la SEC, l'agence a facilité le rejet par les conseils des résolutions des actionnaires. Les nouvelles règles imposent également des exigences plus strictes aux fonds d'investissement passifs et limitent les canaux de communication entre les entreprises et les investisseurs.

Obstacles aux initiatives ESG et à la transformation d'entreprise

Ces mesures permettent aux administrateurs de bloquer les propositions des actionnaires portant sur la réduction des émissions ou la divulgation de la diversité de la main-d’œuvre. Les experts avertissent que les activistes cherchant à modifier la gouvernance d'entreprise feront face à des défis supplémentaires.

Selon Larry Fink, PDG de BlackRock, le recul de l'investissement ESG pourrait affecter la stabilité à long terme des entreprises, car les enjeux de durabilité restent essentiels à la gestion des risques. Il a déjà affirmé que les dirigeants d'entreprise devraient considérer les facteurs ESG non pas pour des raisons politiques, mais parce qu'ils influencent la résilience financière.

Par ailleurs, Chad Spitler, ancien directeur général chez Morgan Stanley et fondateur de Third Economy, estime que les nouvelles restrictions de la SEC pourraient faciliter pour les entreprises la prise en compte moindre des intérêts des investisseurs en matière de durabilité, ce qui pourrait, à terme, saper la confiance dans la gouvernance d'entreprise.

Soutien ESG en déclin et contrôle accru des entreprises

Entre 2021 et 2022, les résolutions des actionnaires liées à l'ESG ont atteint des niveaux de soutien record, mais leur impact a depuis diminué. Le bulletin juridique de la SEC du 11 février 2025 facilite davantage la possibilité pour les entreprises d'exclure les propositions des actionnaires, notamment lorsqu'elles sont jugées comme une ingérence dans la gestion opérationnelle.

David Atkin, PDG de Principles for Responsible Investment (PRI), avertit qu’un affaiblissement de l’influence des investisseurs pourrait réduire la transparence dans le secteur corporatif, les entreprises pouvant ne plus se sentir obligées de répondre aux attentes de la société civile.

Exigences de reporting renforcées : un défi pour les grands investisseurs

La SEC a également introduit de nouvelles exigences en matière de reporting pour des géants de l'investissement tels que BlackRock et Vanguard. Les entreprises exerçant une influence sur la gouvernance d'entreprise devront désormais soumettre le formulaire plus complexe Schedule 13D au lieu du formulaire simplifié Schedule 13G. Cela créera des obstacles bureaucratiques supplémentaires et augmentera les coûts pour les investisseurs institutionnels. BlackRock a annoncé une suspension temporaire des réunions avec certaines sociétés de portefeuille afin d'évaluer l'impact potentiel des nouvelles règles.

Conséquences négatives potentielles pour le secteur corporatif

Certains experts soulignent les risques pour la gouvernance d'entreprise. Paul Volcker, ancien président du conseil de la Réserve fédérale américaine, a insisté sur le fait qu'une gouvernance d'entreprise efficace repose sur le dialogue entre actionnaires et conseils d'administration. Si ce mécanisme est affaibli, les entreprises pourraient devenir moins responsables vis-à-vis des investisseurs et de la société.

Al Gore, ancien vice-président des États-Unis et défenseur important du climat, a également souligné l'importance de la transparence dans la gouvernance d'entreprise comme facteur clé pour lutter contre le changement climatique. Il soutient que limiter la capacité des investisseurs à influencer les entreprises pourrait ralentir les progrès dans ce domaine.

Implications pour les entreprises

La nouvelle politique de la SEC renforce le contrôle des conseils d'administration tout en limitant la capacité des actionnaires à promouvoir des initiatives ESG. Les barrières pour les investisseurs institutionnels pourraient réduire le dialogue entre entreprises et activistes, impactant la transparence et la responsabilité des entreprises.

Des réglementations de reporting plus strictes augmenteront la charge administrative des grandes sociétés d'investissement, affectant potentiellement leurs stratégies d'investissement. À long terme, ces changements pourraient affaiblir la supervision des pratiques commerciales durables, ramenant la gouvernance d'entreprise vers des modèles plus traditionnels.

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