London Reporting Academy - logo
14 Feb 2025
Actualités

Les fonds spéculatifs cherchent des exemptions alors que l'UE réexamine les règles ESG

Les fonds spéculatifs et les gestionnaires d'actifs poussent pour des exemptions de reporting ESG alors que l'UE réexamine ses régulations. Le débat souligne la nécessité de règles flexibles qui facilitent la conformité tout en assurant la transparence. Trouver un équilibre entre une régulation efficace et l'efficacité commerciale sera essentiel pour maintenir à la fois la durabilité et la compétitivité mondiale.


Les normes ESG européennes rencontrent une résistance croissante de la part des entreprises, les fonds spéculatifs saisissant l'occasion pour demander des exemptions de certaines exigences de reporting. Un débat clé porte sur la Directive sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD) de l’UE et son application aux gestionnaires d’investissements alternatifs.

Débat sur la CSRD : la position des fonds spéculatifs

La CSRD est conçue pour s'appliquer à tous les secteurs, mais son champ d’application est en cours d’examen, en partie en raison des pressions de pays comme l’Allemagne et la France. La Commissaire européenne aux services financiers, Maria Luís Albuquerque, a reconnu les critiques et suggéré des ajustements potentiels.

L’Alternative Investment Management Association (AIMA), dont les membres incluent Bridgewater Associates et Millennium Management, plaide pour que les fonds spéculatifs soient exemptés de la divulgation de données ESG sur les actifs clients. Adam Jacobs-Dean, Responsable mondial des marchés chez AIMA, soutient que ces exigences imposent une charge excessive aux entreprises sans impact environnemental ou social direct. Il propose une approche similaire à celle utilisée pour le Règlement sur la divulgation de la finance durable (SFDR) comme solution plus pragmatique.

Contexte plus large : préoccupations des entreprises et implications pour l’UE

L’opposition des fonds spéculatifs s’inscrit dans un rejet plus large des règles ESG, que certaines entreprises et décideurs politiques estiment susceptibles d’affaiblir la compétitivité économique de l’Europe — notamment dans un contexte de déréglementation aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump.

L’UE a déjà fait des concessions en exemptant les banques, les gestionnaires d’actifs et les compagnies d’assurance de l’ensemble du périmètre de la Directive sur le devoir de vigilance en matière de durabilité des entreprises (CSDDD), qui régit la responsabilité ESG liée aux chaînes d’approvisionnement. Des ajustements similaires pourraient désormais être appliqués à la CSRD.

Préoccupations des gestionnaires d’actifs et incertitudes réglementaires

Au-delà des fonds spéculatifs, les gestionnaires d’actifs ont également exprimé des inquiétudes concernant la CSRD — en particulier sur l’inclusion des actifs clients dans les exigences de reporting. En attendant des clarifications réglementaires, les représentants de l'industrie, y compris l'European Fund and Asset Management Association (EFAMA), pressent la Commission européenne de confirmer que la divulgation des actifs clients ne sera pas obligatoire sans réglementation supplémentaire.

Certaines entreprises se préparent déjà à une éventuelle conformité. Par exemple, Fidelity International a déclaré être prête à adhérer à toute interprétation de la CSRD, mais a averti que l’inclusion des actifs clients pourrait engendrer des incohérences avec le reporting SFDR.

Perspectives et prochaines étapes pour l'UE

La Commission européenne devrait proposer des ajustements à la CSRD et à d'autres réglementations ESG d'ici la fin du mois. Bien que les responsables reconnaissent la nécessité de modifications, une refonte complète de la directive n'est pas envisagée.

Les experts conseillent aux gestionnaires d'actifs de considérer que les investissements relèvent de la CSRD, sauf indication législative explicite contraire. Cependant, les hedge funds continuent de soutenir que la véritable question n'est pas l'interprétation de la directive, mais la question de savoir s'ils doivent y être soumis.

Dans le cadre de la CSRD, les entreprises doivent divulguer des données ESG dès leurs rapports annuels de 2024. La prochaine proposition législative de la Commission européenne devrait clarifier davantage la CSRD, le Règlement sur la Taxonomie de l'UE et la CSDDD, en affinant leur portée et leur application.

Conclusions

Le débat en évolution sur la CSRD souligne la nécessité d'un cadre réglementaire à la fois efficace et adaptable aux besoins des entreprises. Les hedge funds et les gestionnaires d'actifs ont soulevé des préoccupations légitimes quant au fardeau disproportionné que représente la conformité à un reporting ESG détaillé, qui ne correspond pas toujours à leur impact direct sur les enjeux environnementaux ou sociaux. Des ajustements de la portée de ces règlements pourraient réduire significativement cette charge.

Les entreprises se concentrent de plus en plus sur les implications pratiques de ces règles, alors que les risques de non-conformité, y compris les dommages réputationnels et les potentielles répercussions juridiques, augmentent. Une approche plus flexible, permettant aux entreprises d'adapter leurs disclosures ESG en fonction de leur impact opérationnel, serait bénéfique pour maintenir à la fois la conformité et la continuité des activités.

London Reporting Academy - logo