Amendements proposés aux ESRS : développements issus des discussions du processus de 2025
Au fur et à mesure que les projets modifiés des ESRS progressent dans le cadre du processus d’adoption d’EFRAG, leur contenu évolutif offre des indications précieuses sur ce que les entreprises peuvent attendre des futures obligations de reporting. Les discussions tenues fin novembre fournissent des signaux importants concernant la portée et le calendrier des prochains changements.

Les Normes Européennes de Reporting sur la Durabilité (ESRS) traversent une étape cruciale de transition sous la Directive sur le Reporting de Durabilité des Entreprises (CSRD). EFRAG a publié les projets modifiés d’ESRS le 31 juillet 2025 et a ouvert une consultation publique. Ces projets introduisent des révisions au jeu d’ESRS 2023 et reflètent le mandat de simplification émis par la Commission Européenne. Les normes modifiées restent à l’état de projet pendant qu’elles suivent le processus d’adoption d’EFRAG mené par le Conseil de Reporting sur la Durabilité (SRB) et le Groupe d’experts techniques sur le Reporting de Durabilité (SR TEG). Ce n’est qu’après la remise de conseils techniques et l’adoption subséquente d’un acte délégué que les amendements deviendront juridiquement contraignants.
Les modifications proposées répondent aux préoccupations soulevées lors du premier cycle d’application de la CSRD. Les révisions visent à renforcer la clarté, réduire la complexité inutile et soutenir une approche plus proportionnée des divulgations en matière de durabilité.
Révisions clés dans l’ESRS 1
La version mise à jour de ESRS 1 introduit une structure plus claire pour les exigences transversales. Le projet consolide les définitions et concepts relatifs aux périmètres de reporting, à la matérialité et aux interactions entre sujets de durabilité. Les sections révisées fournissent des attentes élargies concernant l’inclusion des informations relatives aux activités propres en amont et en aval de la chaîne de valeur ainsi que des opérations conjointes. Le projet clarifie comment les entreprises doivent appliquer les estimations, gérer l’incertitude et décrire les limites des données.
Les amendements précisent l’interaction entre le périmètre du reporting de durabilité et la consolidation financière. Le projet explique quand des écarts peuvent apparaître et comment les entreprises doivent divulguer les raisons de toute déviation. Cette clarification vise à réduire les incohérences dans l’application des périmètres de reporting.
Dispositions transitoires et classifications par vagues
L’ESRS 1 modifié réorganise les dispositions transitoires et clarifie le fonctionnement des options de mise en œuvre progressive.
Le paragraphe 130 introduit une distinction formelle entre les entreprises de la « première vague » et les autres entreprises relevant du champ d’application des ESRS. Dans le texte modifié, les entreprises de la « première vague » sont décrites comme celles qui devaient publier des informations sur la durabilité pour la première fois au titre de l’exercice financier 2024, indépendamment du fait que la CSRD ait déjà été transposée en droit national dans l’État membre concerné.
Pour les entreprises de la « première vague », le projet permet les omissions suivantes dans leurs déclarations de durabilité :
- Toutes les exigences de divulgation de ESRS E4 Biodiversité et Écosystèmes, ESRS S2 Travailleurs dans la Chaîne de Valeur, ESRS S3 Communautés Affectées et ESRS S4 Consommateurs et Utilisateurs Finaux pour l’exercice financier 2026.
- Toutes les informations sur les effets financiers anticipés requis par le paragraphe 27 de l'ESRS 2 et par l'ESRS E1 (exigence de divulgation E1-11 Effets financiers anticipés liés aux risques physiques et de transition significatifs ainsi qu'aux opportunités potentielles liées au climat) pour l'exercice financier 2026.
- Informations quantitatives sur les effets financiers anticipés requis par le paragraphe 27 de l'ESRS 2 et par l'ESRS E1 (exigence de divulgation E1-11 Effets financiers anticipés liés aux risques physiques et de transition significatifs ainsi qu'aux opportunités potentielles liées au climat) pour les exercices financiers 2027, 2028 et 2029.
- Informations quantitatives sur les substances préoccupantes et les substances (SoC) extrêmement préoccupantes requises par l'ESRS E2 (exigence de divulgation E2-5 Substances préoccupantes et substances extrêmement préoccupantes) pour les exercices financiers 2026, 2027, 2028 et 2029.
- Pour l'ESRS S1 Effectif propre lors de l'exercice financier 2026, les exigences de divulgation suivantes peuvent être omises :
- S1-6 Caractéristiques des travailleurs non-salariés,
- S1-7 Couverture par la négociation collective et dialogue social pour les pays hors EEE
- S1-10 Protection sociale
- S1-11 Personnes en situation de handicap
- S1-12 Formation et développement des compétences
- S1-13 Indicateurs de santé et sécurité aux paragraphes 40(d) et 40(e) ainsi que les points de données relatifs aux travailleurs non-salariés
- S1-14 Indicateurs d’équilibre vie professionnelle-vie privée.
D’autres entités ne faisant pas partie de la première vague peuvent omettre ce qui suit pendant les trois premières années de la préparation de leur déclaration de durabilité :
- Toutes les exigences de divulgation contenues dans l'ESRS E4, l'ESRS S2, l'ESRS S3 et l'ESRS S4.
- Informations quantitatives sur les effets financiers anticipés requises par le paragraphe 27 de l'ESRS 2 et par l'exigence de divulgation E1-11 de l'ESRS E1.
- Informations quantitatives relatives aux substances préoccupantes et aux substances extrêmement préoccupantes requises par l'exigence de divulgation E2-5 de l'ESRS E2.
- Les mêmes exigences de divulgation ESRS S1 énumérées pour les entreprises « vague un », à savoir les points de données S1-6, S1-7, S1-10, S1-11, S1-12, S1-13 au paragraphe 40(d) et 40(e), y compris les points de données non liés aux employés, ainsi que S1-14.
De plus, le chapitre transitoire confirme que, lors de la première année d'application des ESRS, les entreprises ne sont pas tenues de présenter des informations comparatives pour les périodes antérieures et que, pendant les trois premières années, elles peuvent limiter les informations sur la chaîne de valeur lorsque les données ne sont pas encore disponibles, à condition d'expliquer les lacunes des données et les plans d'amélioration de la couverture. Pour les entreprises qualifiées en tant qu'entités au titre de l'article 5(2) (vague un), l'allégement relatif à la chaîne de valeur ne peut pas être utilisé après l'exercice financier 2026.
Même lorsque ces informations sont introduites par étapes, les entreprises sont toujours tenues de réaliser une évaluation de double matérialité pour chaque sujet. Si un sujet est matériel, elles doivent fournir au minimum des divulgations narratives de haut niveau décrivant les politiques, actions, indicateurs et objectifs liés, conformément aux ESRS.
Clarifications sur la Double Matérialité et la Diligence Raisonnable
La version révisée de l’ESRS 1 renforce le lien entre les évaluations de double matérialité et la diligence raisonnable en matière de durabilité. Les préparateurs doivent expliquer les méthodologies, sources de données, analyses sectorielles et apports externes qui éclairent l'identification des impacts, risques et opportunités. Les amendements soulignent la nécessité de décrire les zones à risque accru, y compris celles associées à des relations commerciales, activités ou géographies spécifiques.
Le projet décourage explicitement les descriptions génériques ou standardisées. Au contraire, les préparateurs doivent fournir des informations spécifiques, concises et utiles à la prise de décision, adaptées aux circonstances réelles de l'entreprise.
Révisions de l'ESRS 2 Divulgations Générales
Le ESRS 2 amendé introduit une structure plus cohérente pour les exigences de divulgation. La section sur la base de préparation fournit désormais des orientations plus claires sur les allègements disponibles et la manière dont les entreprises doivent déclarer leur application.
Les changements notables concernent les effets financiers anticipés. Le projet décrit les circonstances dans lesquelles les informations quantitatives peuvent être omises et précise quelles informations qualitatives restent obligatoires. Cet ajustement reflète la reconnaissance que les estimations en phase initiale comportent souvent une grande incertitude.
Les exigences générales de divulgation concernant les politiques, actions, indicateurs et objectifs suivent désormais une approche de rédaction unifiée. Cela favorise la cohérence entre les normes thématiques et assure l'alignement entre les divulgations narratives et les résultats de l'évaluation de matérialité.
Ajustements au sein des Normes Environnementales
Les normes environnementales E1 à E5 ont été réorganisées pour une meilleure clarté. Les détails méthodologiques ont été placés dans les guides d’application. Les amendements mettent également l'accent sur l'utilisation de preuves scientifiques lorsque c'est applicable et clarifient le traitement des indicateurs de la chaîne de valeur. Les points de données issus d'autres législations de l'UE sont intégrés de manière cohérente via le mapping fourni dans ESRS 2.
Mises à jour des Normes Sociales S1 à S4
Les normes sociales ont été révisées pour aligner la terminologie et la structure avec les exigences transversales. Les définitions des parties prenantes affectées et les descriptions des liens avec la diligence raisonnable ont été harmonisées avec ESRS 1. Plusieurs points de données ont été consolidés pour réduire la charge de reporting. Les dispositions transitoires restent alignées avec les mesures progressives plus larges applicables aux entreprises de la vague un et autres.
Évolutions dans les Divulgations sur la Conduite des Affaires
La norme de conduite des affaires ESRS G1 a été réorganisée pour séparer les exigences obligatoires des orientations illustratives. Les modifications clarifient les attentes concernant les procédures anti-corruption, la protection des lanceurs d’alerte, l'engagement politique et les pratiques de paiement. Le projet fournit également des orientations plus détaillées concernant l’identification des rôles exposés aux risques de conduite ainsi que des explications sur les incidents confirmés.
Conclusion
Les modifications proposées publiées en juillet 2025 représentent une étape importante dans le perfectionnement du cadre ESRS. Elles reflètent les retours du premier cycle de reporting et visent à améliorer la clarté, la proportionnalité et la cohérence. ESRS 2 et les normes thématiques intègrent des améliorations structurelles et interagissent avec les mesures transitoires définies dans ESRS 1. À mesure que les discussions sur la procédure régulière se poursuivent et que les retours des consultations sont évalués, l’acte délégué définitif déterminera quelles modifications deviendront obligatoires pour les périodes de reporting futures.